L'explosion des inégalités
L’explosion des inégalités
Deux études viennent de compléter ce que tout le monde perçoit au travers des appropriations illégitimes de revenus par les dirigeants des sociétés membres du CAC 40. Mais au-delà de ce phénomène que l’on pourrait penser circonscrit à quelques individus, la loi de Gini, d’accumulation continue des richesses trouve une réponse inverse au plan de la fiscalité. Notre fiscalité aggrave encore plus les inégalités. En ce qui concerne les pensions et retraites le discours dominant masque leur régression permanente dans les revenus des ménages.
L’évolution des revenus déclarés sur la période 1998-2006 :
- pour 90% de la population : + 4,6% = 18 502 euros
- pour 10% de la population : + 8,7% = 79 210 euros
Si l’on examine la répartition des revenus à l’intérieur du premier décile incluant les 10% des personnes ayant les plus hauts revenus :
- pour 5% d’entre-elles : + 11,3% = 104 364 euros
- pour 1% d’entre-elles : + 19,4% = 201 423 euros
- pour 1 pour mille : + 32% = 537 043 euros
- pour 1 pour dix mille : + 42,6% = 1 499 664 euros
La part de chacune de ces tranches dans le revenu global est la suivante :
- les 10% qui sont dans le dernier décile perçoivent 32,2% de l’ensemble des revenus déclarés,
- le 1% situé à l’intérieur du dernier décile perçoit 8,20% de l’ensemble des revenus,
- le 1 pour mille à l’intérieur du dernier décile perçoit 2,20% de l’ensemble des revenus. Ils gagnent donc par tête 2 200 fois plus que la moyenne française.
Les progrès dans le temps des tranches les plus élevées (1998-2006) :
Il s’agit de la progression de la part du dernier décile à l’intérieur des revenus déclarés totaux. Ce phénomène entraîne par répercussion une régression absolue de la part des 90% de la population qui ne retrouve même pas les progrès de productivité qu’elle contribue à fournir.
- les 10% du dernier décile ont vu leur revenu progresser de 2,7% et leur part dans l’ensemble des revenus passe de 31,4% à 32,2%,
- le 1 % a connu une progression de 12,8%, sa part progressant de 7,20% à 8,20% dans l’ensemble des revenus,
- le 1 pour mille a progressé de 24,7%. De 1998 à 2006 leur part dans le revenu global passant de 1,7 à 2,7%. L’écart constaté de 1 à 1700 était jugé très insuffisant il a justifié un envol de 1 à 2 200.
Plus on est bien situé dans l’échelle des revenus, plus la progression de son revenu a été forte.
La fiscalité ayant été depuis lors adoucie pour les plus aisés nul doute que l’écart s’accroisse encore plus en France.
Les Pensions et retraites sont oubliées
Lorsque l’on parle de revenu il faut indiquer que les revenus salariaux ne constituent pas l’essentiel des revenus. Il existe plusieurs sources de revenus :
- salaires,
- pensions,
- indépendants,
- revenus fonciers,
- revenus de capitaux mobiliers,
- plus values sur revenus mobiliers.
La dispersion de ces revenus est tellement importante que les pensions sont tellement faibles qu’elles représentent entre 1 et 13% des revenus des plus riches. A ces niveaux de revenus, le foncier, les revenus de valeurs mobilières et les plus-values écrasent les pensions qui sont un revenu important pour les 90% des moins aisés. Pour eux les plus values c’est zéro pour cent, les revenus de capitaux mobiliers 1%. Le 1% des plus riches perçoit au moins 17% de foncier, capitaux et plus-values, le 1 pour mille en perçoit 55% !!
Le discours dominant depuis quinze ans a justifié la baisse continue de la progressivité de l’impôt et des impôts sur le patrimoine par un écrasement fiscal des classes les plus aisées. Or la progression continue des hauts revenus apporte un démenti à ces affirmations. La possession d’un patrimoine foncier et mobilier, la possibilité d’arbitrer entre ces actifs et de réaliser des plus-values, montrent une grande capacité d’adaptation et une très bonne connaissance de l’économie. La concentration des richesses est bien une manifestation d’un grand dynamisme dans la connaissance des bons placements. Elle suppose un suivi continu dans les participations foncières et mobilières détenues. Car on ne gère bien que ce que l’on connaît bien et observe de près.
D’où la création d’un énorme hiatus entre une gestion avisée, appuyée par une fiscalité douce et le sort des retraités minés par une prédation lente et sûre. Le manque de solidarité dont sont victimes les retraités doit beaucoup à l’indifférence de l’Etat à leur égard, indifférence renforcée au fil des années. L’Etat assurant de moins en moins son rôle de protecteur des faibles.
Analyse de Guy Muller, d'après les études suivantes :
Ecole d’économie de Paris, Camille Landais rapport de juin 2007
Berkeley, Saez et Piketty, séries statistiques USA 1913-2005